
PORTRAIT Expert
Anne-Sarah Kertudo

Lorsque j’ai démarré dans l’accès au droit, je tenais des permanences juridiques gratuites dans une association recevant des publics en grande précarité. Durant ma formation, ma responsable m’avait indiqué : « si une personne est agitée, si elle tient des propos confus ou délirants, il faut t’en débarrasser : elle est potentiellement dangereuse. »
Je recevais des sans domicile, des toxicomanes, des sortants de prison… Et je me suis interrogée : si je ne reçois pas ces gens, qui les reçoit ?
Depuis, je défends une conviction simple : la santé mentale ou le handicap ne doivent empêcher personne de connaître et faire valoir ses droits. Cela suppose entre autres de former les professionnels de la justice – avocats, magistrats, greffiers… – à comprendre les difficultés liées aux troubles psychiques ou physiques et à ne pas fermer leurs portes à des justiciables qui sont, plus que les autres, victimes de violences et discriminations.
Les publics stigmatisés et disqualifiés sont souvent ceux qui ont le plus besoin d’un accompagnement. Même lorsqu’une personne est agitée, tient des propos confus ou délirants, elle conserve l’ensemble de ses droits. Ces manifestations n’excluent en rien la possibilité qu’elle ait subi une atteinte à ses droits. Au contraire, elles peuvent être les signes d’un traumatisme et révéler une situation de victime plutôt qu’un comportement dangereux.Le cas des femmes victimes de violences en est une parfaite illustration : réactions post traumatiques, déni, propos contradictoires… doivent éveiller notre vigilance et surtout ne jamais détourner l’attention. Ces femmes sont habituées à ce qu’on ne les croie pas, à ce qu’on les abandonne… Notre rôle est d’être à leurs côtés. Œuvrons ensemble à une justice inclusive !