
PORTRAIT Expert
Simone Marchini

La Belgique francophone dispose d’un socle solide en santé mentale de l’enfant et de l’adolescent : une expertise clinique reconnue, des équipes engagées, des dispositifs de remboursement relativement favorables et une capacité d’innovation réelle. Peu de systèmes de cette taille peuvent s’appuyer sur une telle base.
Mais cette richesse reste inégalement accessible. L’offre pédopsychiatrique est fortement concentrée dans les grands centres urbains, tandis que certains territoires plus éloignés disposent de ressources plus limitées. Pour de nombreuses familles, cela signifie des déplacements importants, des délais, et parfois des renoncements aux soins. Ce déséquilibre territorial n’est pas propre à la Belgique, mais il touche plus durement les enfants et adolescents déjà fragilisés par l’isolement social ou géographique.
Une autre difficulté, moins visible, tient à la continuité des parcours. Les différents niveaux de soins existent mais les passages de l’un à l’autre restent trop souvent fragiles, mal coordonnés, ou peu lisibles pour les familles. Dans un système institutionnel complexe, où plusieurs niveaux de pouvoir, de financement et d’organisation coexistent, il n’est pas toujours simple de trouver la bonne porte d’entrée ni d’assurer un relais fluide entre les intervenants.
Depuis la réforme de 2015, des avancées importantes ont eu lieu, notamment en matière de prévention, de travail en réseau et de développement d’équipes mobiles. Ces évolutions vont dans le bon sens. Mais elles montrent aussi l’ampleur du chemin à parcourir : mieux articuler le premier recours et les soins spécialisés, renforcer les collaborations avec l’école, la famille et les autres acteurs de proximité et rendre les parcours plus cohérents du point de vue des usagers eux-mêmes.
À cet égard, d’autres expériences internationales, comme celle du Québec, sont inspirantes par l’attention qu’elles accordent à l’ancrage communautaire, à la coordination des soins et à l’évaluation de la qualité du soinà partir de l’expérience vécue. C’est sans doute dans cette direction qu’il faut aller : rendre plus lisible, plus proche et plus continue, une offre déjà précieuse.
En Belgique, améliorer la santé mentale des enfants et des adolescents suppose donc surtout de mieux relier ce qui existe déjà : réduire les inégalités territoriales, sécuriser les transitions entre les niveaux de soins et donner davantage de place à la parole des jeunes et des familles.