
PORTRAIT Expert
Cédric Lemogne

La prise en soins des femmes victimes de violences conjugales ne relève pas seulement du social, du judiciaire ou des traitements physiques. Ces violences si fréquentes constituent également un enjeu de santé mentale. Cette affirmation doit pourtant être maniée avec prudence : même si les mentalités évoluent, la souffrance de ces femmes est encore souvent banalisée ou « psychiatrisée » pour disqualifier leur parole. L’enjeu est donc de reconnaître des besoins de soins réels en matière de santé mentale, sans réduire les victimes à cet aspect. Les traumatismes précoces, les violences intrafamiliales, psychologiques, physiques ou sexuelles, le contrôle coercitif et l’emprise peuvent altérer l’estime de soi, la capacité à se protéger et à demander de l’aide. Ils exposent à la dépression, au stress post-traumatique, aux addictions, aux troubles dissociatifs et somatiques fonctionnels. Ces troubles sont encore parfois interprétés comme la marque d’une faiblesse ; alors qu’ils sont d’abord l’empreinte de violences subies.
Pour de nombreuses femmes victimes de violences conjugales, l’accès aux droits, à la sécurité et aux soins ne peut donc pas se construire sans des soins psychiques intégrés.
Cela suppose un parcours de soins psychiques renforcé, gradué, intégré à la prise en charge sociale, juridique, médico-légale et somatique. Stabiliser, comprendre l’emprise, retraiter le trauma, restaurer l’estime de soi et le pouvoir d’agir : autant d’étapes nécessaires pour que ces femmes redeviennent actrices de leur trajectoire. Seule cette approche intégrée et non une prise en charge fragmentée, permet une réponse à la hauteur de la situation.